MELUN Armand, Marie, Joachim, baron puis vicomte de.

né le 24 septembre 1807 à Brumetz (Aisne), mort le 24 juin 1877 à Paris; propriétaire, avocat, auditeur au Conseil d’Etat; précurseur du catholicisme social; fondateur de l’Œuvre des apprentis (1843), président de la Société d’économie charitable (1847), représentant à l’Assemblée législative (1849-1851), pionnier des sociétés de secours mutuels.

Riche propriétaire, Armand de Melun, ancien du collège Sainte-Barbe et de la faculté de droit, s’inscrivit au barreau et fut, comme son père, auditeur au Conseil d’État avant de cesser toute activité professionnelle en 1830. Les questions économiques et sociales ne l’intéressaient guère avant qu’il ne rencontrât vers 1838, dans les salons de Madame Swetchine, la populaire sœur Rosalie Rendu, fille de la Charité, qui exerçait son apostolat au quartier Mouffetard. Le jeune aristocrate sera « le père du patronage chrétien ». Sans jamais être un doctrinaire, il s’efforça de mobiliser les classes dirigeantes pour l’amélioration du sort des classes populaires. Partisan du passage de la charité individuelle à celle de l’association libre, il prit conscience des limites de l’assistance privée, et l’intervention de l’Etat lui apparut nécessaire.

Présenté d’abord aux dirigeants de la Société des amis de l’enfance, qui recueillait des orphelins pour en faire des artisans chrétiens, il entra en 1839 au conseil de direction de la colonie agricole d’orphelins du Mesnil-Saint-Firmin, près de Breteuil (Oise), et fut bientôt sollicité par l’Œuvre de la Miséricorde — destinée aux « pauvres honteux » — dont il devint directeur. Membre du conseil central de la Société de Saint-Vincent de Paul en 1841, il tenta de développer dans ce cadre son projet de vaste patronage, non sans rencontrer des réticences. Deux ans plus tard, il lançait l’Œuvre des apprentis, confiée sous sa direction aux frères des Écoles chrétiennes. L’essor fut rapide dans la région parisienne. Melun en était toujours président quand, reconnue d’utilité publique en 1873, elle comptait vingt-huit succursales avec patronage dominical et cours du soir. En 1851, Armand de Melun avait aussi créé avec l’abbé de la Bouillerie une section féminine: le « patronage des jeunes ouvrières de la ville de Paris » qui possédait quatre-vingt-treize succursales vingt ans plus tard.

L’infatigable « homme d’œuvres » songeait depuis 1843 à une vaste organisation sociale au sein de laquelle une association des maîtres chrétiens patronnerait les enfants et jeunes ouvriers, tandis que les ouvriers adultes entreraient à la Société Saint-François Xavier (Voir Le Dreuille). Il créa en 1845 une publication mensuelle, les Annales de la Charité. En 1847 naissait, sous sa présidence, la Société d’économie charitable qui, tribune et laboratoire d’idées, se donnait comme but exclusif « l’étude et la discussion de toutes les questions qui intéressent les classes pauvres ». Cet organisme rassemblait les « économistes charitables de l’école catholique », tels Falloux, Augustin Cochin, Villeneuve-Bargemont, Benoist d’Azy, Mérode, Riancey, Villermé, Tocqueville. Armand de Melun fut nommé, presque en même temps, président d’une Société internationale de charité que la révolution de 1848 fit disparaître.

En 1847, Melun avait proposé des réformes dans un Mémoire aux Chambres sur diverses questions de charité publique. L’année suivante, il reprit ses articles des Annales dans une brochure, De l’intervention de la société pour prévenir et soulager la misère, où les catholiques sociaux du parti de l’Ordre puisèrent leurs arguments. La république fut accueillie avec méfiance par ces légitimistes convaincus, résolument antisocialistes, même s’ils ont espéré un moment qu’elle atténuerait le paupérisme prolétarien. L’exercice de la charité mit Armand de Melun et ses amis sur la voie d’un réformisme social qui entendait saisir toutes les possibilités pour améliorer la vie des travailleurs.

Au lendemain des journées de juin 1848, Armand de Melun organisa, de concert avec la sœur Rosalie, la survie des familles d’insurgés du XIIe arrondissement de Paris. Élu représentant d’Ille-et-Vilaine, le 13 mai 1849, à l’Assemblée législative, membre de la majorité conservatrice, il fut surnommé par ses collègues « Notre saint Vincent de Paul ». Il souhaitait essentiellement une réforme profonde de l’assistance publique. Dès le 9 juin, il demanda la création d’une commission parlementaire d’assistance. Son rapport, soutenu par Victor Hugo, fut adopté à l’unanimité, mais deux tendances se firent jour au sein de la commission. « Je suis mis dans un terrible régime, traité de socialiste par la majorité avec laquelle je vote, de niais philanthrope par les grands politiques, d’ennemi de la charité privée et religieuse par les évêques et les catholiques », commenta Armand de Melun. Thiers, qui lui était hostile, fut élu rapporteur. Le coup d’État de 1851 survint avant que le projet, ajourné plusieurs fois, ne vînt à l’ordre du jour.

Néanmoins, l’Assemblée législative adopta certaines lois « charitables », souvent à l’initiative d’Armand de Melun, sur les logements insalubres (22 avril 1850), le mariage des indigents (18 décembre 1850), la création de bains et lavoirs gratuits ou à prix réduits (3 février 1851), le contrat d’apprentissage (4 mars 1851), etc. C’était le début timide d’une législation sociale. Par ailleurs, le prince président mit à profit les compétences « mutuellistes » d’Armand de Melun. Dans les Annales de la Charité, ce dernier encourageait la formation des sociétés de secours mutuels, et les présidents des sociétés ouvrières de prévoyance venaient souvent le consulter. Louis Napoléon s’entretint avec lui en vue de la promulgation du décret-loi du 28 mars 1852, prévoyant la création de sociétés mutualistes dans chaque commune où leur utilité serait reconnue. Melun participa pendant dix ans aux travaux de la commission supérieure d’encouragement et de surveillance de ces sociétés.

Devenu chef des catholiques conservateurs depuis la mort d’Alban de Villeneuve-Bargemont en 1850, il avait pris ses distances avec le régime. Les évènements l’avaient persuadé davantage encore que le patronage chrétien, pratiqué par les classes dirigeantes, était seul en mesure de préserver le peuple du désespoir et de la révolution. Vers 1850 il fonda la Société pour l’amélioration et l’encouragement des publications populaires. Sa Société d’économie charitable se réveilla en 1853, à la faveur d’une réunion des « œuvres de la charité catholique », mais la décision d’installer un comité permanent de renseignements et d’exécution resta sans lendemain. Lors de l’Exposition universelle de Paris en 1855, Melun présida le comité d’organisation d’une « Réunion internationale de la Charité » qui émit des vœux sur la limitation du travail des enfants et le repos dominical. En 1862 encore, à l’occasion de l’Exposition de Londres, il prit l’initiative d’un congrès international de bienfaisance qui ne put aboutir à la création d’une association internationale, pas plus que les congrès catholiques de Malines en 1863-1864. Melun renonça dorénavant aux congrès internationaux. Aucun, disait-il, « ne semble avoir fait progresser la pensée sociale catholique ». Depuis 1856, il était vice-président de la Société d’économie sociale, fondée autour de Frédéric Le Play (voir ce nom). Les Annales de la Charité étaient devenues Revue d’économie chrétienne puis Le Contemporain (1864).

Conseiller général du Maine-et-Loire (1853-1862), maire de Bouvelinghem (Pas-de-Calais) en 1865, Armand de Melun eut à cœur de s’occuper, après 1870, des orphelins de la Commune. Son frère jumeau Anatole (1807-1888), représentant du Nord aux assemblées de 1849 et de 1871, l’a suivi dans ses engagements charitables.

(D’après A.Caudron dans Le Maitron. OEUVRES : Vie de la sœur Rosalie (1857), De l’économie charitable et chrétienne (1845-1860) et deux volumes de Mémoires rédigés en 1876, revus par le comte Le Camus et publiés en 1891.

SOURCES : Jean-Baptiste Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France, Paris, PUF, 1951 — A. d’Andigné, Un apôtre de la charité, Armand de Melun (1807-1877), 1961 — Catholicisme, VIII, 1979 (H. Rollet) — Pierre Pierrard, L’Église et les ouvriers en France (1840-1940), Paris, Hachette, 1984 — Jean Bennet, Biographies des personnalités mutualistes, Paris, Mutualité française, 1987.)

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