Un crime d’état : l’Affaire des anarchistes angevins. Des condamnés pour délits d’opinion.

Mise en route de l’ébauche de l’article ! 05/05/2018

IL Y A DES ERREURS ENCORE – NE PAS S’EN INSPIRER TANT QUE SUBSISTE CET AVERTISSEMENT !- POUR L’INSTANT PRIVILÉGIER LES SOURCES : ÉCRITS POUR Y VOIR PLUS CLAIR (lb.)

 

Reprenant une vieille tradition de tous les pouvoirs politiques quels qu’ils furent et quels qu’ils soient, lorsque ceux-ci commencent à être gêné, soit ils s’inventent des ennemis grâce à une habile propagande, mais quand cet ennemi existe réellement, et que ce dernier engage le combat, en particulier au nom de la Liberté, de la Justice, de l’Égalité, alors tout est permis pour les détenteurs des pouvoirs politiques/économiques.

« Règle générale : quand un régime promulgue sa loi des suspects, quand il dresse ses tables de proscription, quand il s’abaisse à chercher d’une main fébrile dans l’arsenal des vieilles législations les armes empoisonnées, les armes à deux tranchants de la peine forte et dure, c’est qu’il est atteint dans ses œuvres vives, c’est qu’il se débat contre un mal qui ne pardonne pas, c’est qu’il a perdu non seulement la confiance des peuples, mais toute confiance en soi-même »1.

 

I – Un contexte national

 

09/12/1893 : Vaillant, lois scélérates : loi 12/12/1893 modifiant loi sur la presse du 29/07/1881 : arrestation préventive, etc. contre action indirecte ! Et contre apologie anarchie ; loi 18/12/1893 sur associations malfaiteurs entraîne le fait qu’il n’est plus besoin d’avoir commis un acte délictueux mais tout simplement l’entente mais aussi puni le simple fait d’être complice y compris passivement dans cette entente ! et loi 28/07/1894 pour lutter contre menées anarchistes.

II – Un contexte local

 

– L’Anjou rouge et noir : une terre de turbulence :

le souvenir de la Marianne,

la propagande,

Ad49 : 4M6/29

La dynamite : un imaginaire, la préparation inévitable de la Révolution avec l’imaginaire du Grand Soir, des vols de dynamite réguliers avant ou après le Procès, par exemple :  Le 15/07/1891 : vol de 12 à 15 kilos de dynamites à la carrière de la Grand’Maison (AD49 : 4M6/15). Est-ce pour ce vol que Mercier Henri est suspecté ? Toujours qu’il est suspecté d’un vol de près de 200 cartouches de dynamite en juillet 1891. Vol de dynamite début novembre 1892 aux « Fresnays » à Saint-Barthélemy d’Anjou près de Trélazé (AD49 4M6/15). Découverte, à Trélazé, de 6kg600 de dynamite en novembre 1893 dans un champs près de la carrière de Grand’Maison (AD49 : 4M6/15) – Trélazé 25/01/1893 : rapport du 04/02/1893 : Une cartouche de dynamite est trouvée près de la maison d’un adjoint au maire avec une lettre de menaces. (AD49 : 4M6/15) – Le 16/12/1893 (1891?) : arrestation à Paris d’Hubarin, terrassier à Trélazé. Ivre, il tente de vendre au commissaire de police du 2e arrondissement 7 cartouches de dynamites (ADML, 4M6/15) !. – Faut que je retrouve la note policière : Ménard fait la gueule à un anar ardoisiers car celui ci à peur des perquisitions : Ménard lui dit que quand on a de la dynamite on ne la jette pas. Rapport du Commissaire spécial du 28/11/1895 : arrestation de Coulom Charles pour le vol de 3 cartouches de dynamites. – Découverte en février 1897 de 26 cartouches de dynamites et de 14 détonateurs dans un trou d’un hangar abandonné à la Trousselière à Trélazé. Est suspecté un nommé Cordeau-. Le 23/06/1897 : découverte de 3 cartouches, mais commissaire spécial dit : « si j’en crois les gendarmes, tous les ouvriers (il y a peut-être là quelques exagération) en détiennent en plus ou moins grande quantité« . Les mêmes gendarmes, dans un rapport du 12/04/1897, selon le même rapport du commissaire spécial, « mentionnent 6 ou 800 anarchistes à Trélazé, et il y a plutôt ici atténuation de la réalité« .

 

Des « bombinettes » à Nantes avec des angevins soupçonnés à un moment : les  compagnons « d’origine » angevines où ayant séjourné à Angers : René Brisset, Charles Moru et Henri Rivollet, en juillet 1891 se rendant à Nantes. Quelques jours plus tard, des explosions secouent la ville : l’habitation du banquier Couillaud et la banque Rousselot-Couillaud & Cie [AD44, 1M 619 d’après C. Geslin, Vol.1 pp 100-101 + Le Père Peinard n°124 du 02/08/1891]. Les flics suspectent les 3 compagnons angevins et les arrêtent le 25 juillet. Ils les relâcheront faute de preuve. Mercier suspecté d’avoir fourni la matériel est perquisitionné. Double attentat à la dynamite contre la banque Rousselot à Nantes le 23 juillet 1891 (1) et part 2.

 

Des propagandistes de premiers plans aujourd’hui méconnus : Meunier & Philippe, des conférenciers qui écument l’Ouest ; Mercier, les ardoisiers, Philippe, etc. : des organisateurs ; des propagandistes et colporteurs de l’anarchie : Hamelin.

Une contre-société libertaire en gestation : un local à Angers, des salles de loisirs et de réunions à Trélazé ; des coopératives de consommations….

III – Les faits : un enchevêtrement de conneries, de mauvaises foi.

 

Le 15 octobre 1893, lors d’une soirée anarchiste angevine, des discours et des diatribes ont lieu, à juste titre !, contre l’injustice de la société. Des discours tellement dur, outrageant pour la Société, que le flic présent, ne trouve pas matière à poursuite.

Pourtant, la traque des anarchistes battaient son plein.

Le flicage comme le prouve les rapports quotidiens dans différents chantiers ardoisiers de Trélazé ou du bassin minier segréen, des milieux ouvriers angevins, des correspondances entre RG de l’époque, le commissaire spécial, les flics municipaux d’Angers, les gendarmes – de Trélazé, des Justices, des Ponts-de-Cé, Renazé (Mayenne, mais ils sont copains comme cochons avec les anars de l’Anjou, alors je les annexe un peu pour ce coup là ! Et au diable les frontières 🙂 (LB.)) – , le parquet d’Angers, la préfecture et les sous-préfets, les instructions ministérielles, etc.

Et bien au début, après cette soirée, rien. Que dalle.

« Les dynamitards aux panamitards »

Puis, l’étau se resserre contre nos révolutionnaires. Un soir, sans doute mal inspiré, les plus activistes décident de faire un collage. Leçon, toujours d’actualité pour les plus jeunes en particulier, il faut être sûr de ses camarades et compagnons. Chevry, Meunier (??? revoir nom) s’emmanche avec celui qui sera une balance : Livenet. Avant de partir coller l’affiche qui sera la cause de tous les maux des compagnons, il part prévenir les flics municipaux. Ceux-ci se dépêcheront de les arrêter, avant même que le délit ne soit constitué ! Ce que regrettera la justice dans un courrier mais aussi le commissaire spécial.

À la suite de ça : des perquisitions multiples à Angers et Brest (Meunier et Hamelin), des saisies de correspondances, des rapports et instructions du ministère de la Justice. Au début : la justice angevine est même récalcitrante à poursuivre ; demande la mise en liberté car tout ça est bien mince : « (…) Quelles que soient leurs opinions, il semble qu’on ne saurait les détenir plus longtemps sans risquer de tomber dans l’arbitraire. C’est du moins l’avis de M. le juge d’instruction, que je partage absolument. (…) »

Arch. Nat. BB 18 6450 extrait courrier du 14/01/1894.

Cependant la cabale comme dirait un directeur de services actuel en butte à des syndicalistes un peu plus turbulents (spécial dédicace personnelle !) se met en place. La Justice angevine malgré ses doutes et ses réserves obéis aux ordres et se rendent à Paris pour recevoir des instructions précises (Le Procureur Général le 28 décembre au soir par exemple) ; le Préfet le « dévoué et obéissant serviteur » une fois ses doutes émis dans un accès de sincérité presque surprenant, une fois recadré par des hiérarchies (Ministère de l’Intérieur, Cabinet du Ministre, direction de la Sûreté Générale) n’hésite plus un seul instant. Il organise « la chasse » à l’anarchiste, les réunions avec le personnel de la Justice (Procureur de la République et Procureur Général, le Commandant de la légion de Gendarmerie du Maine-et-Loire, le Commissaire Central fin décembre), se fait parfois modéré par le Procureur Général qui semble plus stratège que lui en lui conseillant de faire des « enquêtes occultes » (qui seront ensuite menées par les Commissaires Spéciaux nouvellement créés à cette fin, agents que l’on peut qualifiés de Police Politique ancêtre des RG et de la DGSI maintenant).

Le Procureur, s’il est un bon petit soldat à l’ordre du Pouvoir Judiciaire, peut se faire tancer par ses autorités quand il prend une initiative personnelle, dans le cadre de sa fonction. L’indépendance du Pouvoir judiciaire n’est pas de mise dans cette affaire. Il s’agit d’un combat frontal mené contre les anarchistes. Ainsi, après l’arrestation de Philippe le 31/12/1893 ; le Ministère de la Justice tance le Procureur Général car celui n’avait pas reçu l’aval de sa hiérarchie. Le surlendemain, le 03/01/1894, le Ministère de la Justice, en terme peu diplomatique, est encore plus ferme et avec une pointe d’agressivité, on lui demande s’il comprend les instructions précises. Comme visiblement non, il faut qu’il se rapproche du Préfet et du Ministère de l’Intérieur.

Les Perquisitions judiciaires ordonnées par la Justice sont régulières mais les perquisitions administratives lancées par le pouvoir politique et donc la Préfecture sont incessantes. Le but ? rechercher une hypothétique bombe sans doute inventée par la balance Livenet, ou qui sait fanfaronné un soir par un anarchiste à grande bouche particulièrement en fureur ? Toujours est-il que le système répressif n’en trouvera jamais trace.

AD49 : 4M6/29.

En février 1894, Mercier et Philippe se reprendront une convocation car ils se font saisir une affiche intitulée « À Carnot le tueur« . Ils nieront l’avoir reçu, ce que ne peuvent que confirmer les flics et la justice puisqu’ils se la font saisir. Ils affirmeront  ne pas être responsable de ce que l’on peut leur envoyer.

IV – Le Procès

V –Autour du Procès

A/ Mercier, Guenier

B/Philippe, Fouquet

VI – Le bagne

VII – La campagne pour le retour de Meunier

Si dès le début de l’année 1895, les journaux anarchistes relaient le fait que des détenus sont au bagne non pas pour des crimes physiques, des attentats réels, mais tout simplement pour des conférences, des délits d’opinions voire -si c’était encore possible- pour moins.

Elle prend néanmoins un nouvel essor à cause, grâce plutôt, à la condamnation de Dreyfus. Si ce militaire issu de la bourgeoisie intéresse peu les anarchistes au tout début, il n’en demeure pas moins qu’ils s’engagent peu ou prou au nom de la Liberté et de la lutte contre les injustices en sa faveur. Au nom de l’Égalité, le rapprochement est vite fait, entre la condamnation de Dreyfus et tous les autres anarchistes au bagne.

La campagne de soutien de la part des anarchistes met en exergue différents points. Outre la comparaison avec Dreyfus, c’est aussi une occasion d’élargir à une critique du système judiciaire et des tortures infligés aux bagnards en général. On cite des noms de véritables barbare qui eux agissent avec impunité comme le gardien Carnavaggio, qui en 1893, enduisit de sirop de sucre des forçats anarchistes attachés près d’une fourmilière. Les libertaires relatent la fameuse « révolte des anarchistes » des Îles du Salut démesurément grossi qui sera surtout pour les gardiens l’occasion d’assassiner légalement des détenus qui gardaient la tête haute et refusaient de se soumettre et de tomber dans tous les travers de la stratégie individuelle de survie au bagne.

À chaque occasion, la presse qui soutien la grâce des prisonniers politiques se servira des événements en cours, de l’actualité, pour pointer la disproportion de situations. À l’occasion d’une grâce d’un baron, de l’Amnistie votée pour des affaires de droits communs, la grâce ou la commutation de peine d’une personne ayant commis un crime réel et physique, les soutiens des prisonniers d’opinions écriront.

La campagne s’accélère fin 1901 et début 1902. Des multiples articles sont écrits, des réunions publiques ont lieu un partout en France (Anjou, Brest, Bordeaux, Marseille, Lyon, etc. grâce aux tournées anarchistes de Liard-Courtois ou de Marie Murjas) mais aussi à Paris comme la réunion du 11 janvier 1902 avec la présence entre-autres du député Allemane (L’Aurore n°1542 du 01/01/1902). Il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Car une fois élargi, pour un délit d’opinion, il doit payer les frais du retour. Ce sont les angevins qui filent rapidement près de 300 francs pour qu’il quitte la Guyane. Puis, une fois envoyé une part de l’argent récolté, plus de 1000 francs envoyés en tout pour Meunier à Mercier (Les Temps Nouveaux n°37 du 12/01/1902), 600 francs lui sont envoyés pour le billet, le reste à disposition quand il reviendra.

Il part en Martinique où il fait pendant quelques mois de la propagande anarchiste dans le coin de Saint-Pierre? Il revient en France à la fin du printemps.

Conclusion

1 Les lois scélérates. La Revue Blanche, 1898 – 1899.